vendredi 25 janvier 2013

Démocratie et technologies



Qu'entend-on par 'évolution technique' ?


Avec Xavier Guchet (2005) accordons-nous sur les trois sens de l'idée 'd'évolution technique':
  • la technique s'inscrit dans la grande évolution des vivants (humanisation par l'outil).
  • Les formes techniques se succèdent en suivant des lois d'évolution analogues à celles que suivent les formes vivantes
  • le développement des techniques est un processus naturel,sans sujet.
Rétrospectivement,il est possible de distinguer plusieurs étapes dans le processus

Phases  éotechnique           paléotechnique                      néotechnique                                     biotechnique
---------------|----------------------------|-----------------------|------------------------|---------------------------------->
ans               850                                    1350                               1830                                                            1950


Phases successives dans l'histoire des techniques (Lewis Mumford 1950)


  • La phase éotechnique correspond à la période utilisant l'eau et le vent comme source d'énergie
  • La phase paléotechnique correspond à la période utilisant le charbon comme source d'énergie (+ le Fer)
  • La phase néotechnique utilise l'électricité comme source d'énergie (+ les alliages)
  • La phase biotechnique s'annonce comme utilisant le flux d'électrons comme source énergétique (+ épitaxie )


Précisons cependant que seules sont prises en considération ici les questions de matière et d'énergie;le processus serait encore plus embrouillé si nous tenions compte des phénomènes liès à l'information.Dans cette nouvelle optique il faudrait évoquer la 'convergence NBIC',mais cela dépasserait le simple cadre de ce message.
Comme nous l'avions vu en présentant la question de l'évolutionnisme,il pourrait être utile d'aborder le problème sous deux angles différents:les structures et les fonctions.D'une certaine façon la typologie présentée par M.Puech constitue une approche et les deux auteurs étudiés semblent reconnaitre l'importance d'un macro-système technique:"un MST assure à la fois la circulation des flux et la capacité à s'informer sur ces flux et sur l'état du réseau en tous ses points.Le MST se caractérise par le couplage entre un réseau de circulation des flux de matière,d'électricité (ou de personnes) et un réseau d'information."(X.Guchet -2005).
[[machines collectives]+[machines informationnelles]]=MST


Pour revenir à notre sujet,ces considérations nous permettent d'évaluer l'importance reconnue de la micro-informatique qui intervient au moins à deux niveaux:
  • Au niveau collectif-social par le 'monitoring' :La démocratie technologique passera par la mise en oeuvre d'un monitoring de la technologie.C'est à dire par une supervision d'un processus quelqu'il soit et consécutivement l'intervention possible,à tout moment à la suite de cette surveillance.
  • Au niveau individuel par une 'réappropriation de soi'.En cela le moniteur se distingue du maitre et le monitoring de la maitrise:il s'agit non pas d'une domination rendue légitime par le savoir,mais d'une veille à juste distance pour intervenir si nécessaire en fonction d'un projet commun préalablement explicité.Le monitoring de la technologie relève de la compétence démocratique des anonymes et non de la compétence technocratique des experts.
Aperçu d'une arborescence 'Propylée'


La question des compétences démocratiques des anonymes nous renvoie à la veille,à l'apprentissage, au travail collectif bref à autant de sujets qu'une consultation de l'arborescence de descripteurs peut faciliter.
Propylée  propose plusieurs petites nomenclatures consultables en ligne.L'inscription sur le site est gratuite et nécessaire avant la consultation.Il suffit d'indiquer un ID et une adresse e-mail valide pour récupérer le lien de connexion.


 

Applet Flash pour naviguer dans la carte

 

 

Pour compléter:

Xavier Guchet: 978-2-915280-79-1







vendredi 4 janvier 2013

Nos technologies



Les problématiques relatives à la technique ou aux technologies ne sont pas simples et semblent être source de malaise;ce message ne résoudra évidemment rien,mais essayera modestement d'apporter un éclairage après celui d'il y a quelques mois dans lequel j'évoquai la question centrale de l'évolution des technologies, phénomène actuel caractérisé par une accélération bien mise en évidence par l'équipe de Ray Kurzweil.S'il y a un point sur lequel tout le monde s'accorde c'est bien celui qui,dès la création de ces concepts,présente la «technè» (d'ou dérive notre 'technique') comme différente de la «poésis»:la fabrication qui est un assemblage diffère de ce qui est une création (de la cause qui engendre quelque chose à partir de rien).



Co-évolution et technologies



L'essentiel est,me semble-t-il,de s'adapter au contemporain – de comprendre le présent? - et cette exigence nous impose d'accepter l'omniprésence de la technologie.Nous nommons 'progrès technologique' la co-évolution des artéfacts (dont nous donnons un tableau ci-dessous) mais force est de constater qu'elle n'est pas toujours synonyme de 'progrès tout court' pour nous,les humains.

L'apprentissage ou comment discerner 'le vrai v/s le faux'.


Replaçons les artéfacts que nous utilisons en perspective comme nous l'expose M.Puech dans son ouvrage 'homo sapiens technologicus'.



Nature de l'artéfact
Définitions classiques
Exemples
Nano-artéfacts
Technologies qui opèrent à l'échelle moléculaire,micrométrique ou nanométrique
Principes actifs,rayonnements...
Prothèses
Améliorent ou remplacent un organe humain
Lentilles de contact,valves...
 
Vêtements
Enveloppent et protègent
Chaussures,casques,vestes,gants
Infrastructures
Fonctionnement non-énergétique et collectif
Bâtiments,câbles,routes...
Ustensiles statiques
Outils utilisant l'énergie humaine
Livres,brouettes,vélos...
Ustensiles énergétiques
Appareils personnels
Lave-linge,voilier,voitures...
Machines collectives
Fonctionnent comme les nœuds d'un réseau de production
Usines,trains,avions....
Machines informationnelles
Dimension informationnelle essentielle à leur fonctionnement
Automates,ordinateurs,appareil photo,HiFi,télévision...

Tableau 1 : Catégories d'artéfacts selon Michel Puech (2008)

Ces artéfacts et nous-mêmes sommes en co-évolution c'est à dire que nous sommes liés dans des réseaux d'interactions complexes (et pas seulement pris dans 'la toile' comme on cherche sans arrêt à nous le faire croire) entre nature,culture,savoir,projet,valeurs.Le vecteur 'évolution' des artéfacts semble orienté du corps humain à son esprit – les artéfacts les plus simples sont proches du corps,les plus complexes sont proches de son esprit - et cela n'est pas sans conséquence sur la vision que nous avons de notre propre humanité:l'humanisme a-t-il besoin d'un 'toilettage' ou doit-il laisser la place aux post-humanistes disant le vrai du post-humain? (cf Ray Kurzweil)



Le web offre des possibilités avant d'ouvrir sur des perspectives;il permet à tout un chacun de se former dans la pratique de la micro-informatique,d'être un autodidacte dans des domaines fermés et/ou réservés à une élite.Tous les tutorials expliquant les subtilités de la programmation avec force exemples sont accessibles en ligne,toutes les caractéristiques techniques de la machine et de son fonctionnement sont disponibles;ce n'est pas 'facile',il faut du temps et de la patience et les résultats sont fonction de la passion,de l'attention que l'on y met.C'est devenu une banalité de dire que le web regorge d'initiatives ou les bonnes volontés,la générosité et l'altruisme peuvent s'exprimer librement mais il faut la répéter et s'en convaincre car il ne sert de rien d'attendre demain que le progrès rende cette technique plus simple ou plus abordable.Cette constatation s'impose d'elle même:la créativité,le nombre d'innovations dues à des programmeurs,talentueux mais 'sans le sous' sont légions;en effet 'l'open source' ouvre toutes les possibilités.Pour paraphraser Michel Puech insistons sur ce point:la micro-informatique tient ses promesses,elle tient la place d'un «contrat de civilisation,tacite et inaperçu».Du co-voiturage à la livraison d'un hamac sud-américain,de la plateforme audio numérique qui propose des radios thématiques à la page de la météo locale qui informe sur les risques de pluie dans l'heure comment ne pas être convaincu des bienfaits du progrès,de cette révolution culturelle permanente?
La technologie est donc notre environnement et la question porte sur la coévolution de la nature,de la technologie et de l'humain.La «technologie est l'un des termes de l'habitation humaine du monde,au même titre que la nature» nous explique Michel Puech.Si Homo Sapiens s'insère dans la nature,homo sapiens technologicus est un acteur de l'environnement technologique et à ce titre doit trouver un savoir-être écologique dans la technologie puisqu'il veut bâtir une sphère humaine investit d'un projet humain.Mais ce projet est loin d'aller de soi et les difficultés nombreuses doivent être envisagées avec lucidité.Il faut en effet se persuader que la technologie se distingue de la science par le fait qu'elle est action et non 'discours ou 'méta-langage';la critique que j'adressais aux propos de Kurzweil ne portait pas sur l'événement démontré de l'accélération des technologies mais bien sur les 'mises en scènes' d'hypothétiques technologies d'après demain:les prophéties portant sur la 'Singularité' n'ont,je crois,pas de valeur.Il n'en reste pas moins vrai que le climat mondial change sous la pression de facteurs anthropiques et que nous devons modifier nos comportements mais justement en choisissant les technologies appropriées:transition énergétiques,mode de distribution de l'énergie,mode de déplacement plus doux.L'une des causes au 'malaise' évoqué plus haut provient sans doute de l'efficacité des technologies utilisées et aussi du fait que cette efficacité constatée est présentée comme une 'valeur' alors que les conséquences d'un usage inconsidéré des techniques sont manifestement désastreuses;il devient urgent de prendre en considérations les 'externalités' jusqu'ici minorées par les différentes approches économiques.Je pense aussi que ce malaise tient à la prise de conscience plus ou moins partagée que face aux efficacités technologiques nos modes de penser doivent évoluer voir se métamorphoser et pour tout dire que le seul discours rationnel des techniciens et scientifiques peut avoir encore du sens face aux imprécations partisanes.Les thermo-dynamiciens le savent depuis longtemps et les travaux de LlyaPrigogine l'ont abondamment prouvé:l'univers n'est pas uniquement constitué de matière et d'énergie:il faut y intégrer également l'information.Cette idée a toujours du mal a imprégner l'économie politique car comment expliquer leur 'dogme' de la croissance illimitée qui est bien synonyme d'un accroissement illimité de l'entropie? La néguentropie à mettre en second membre de l'équation est bien loin actuellement - semble-t-il - de compenser l'accroissement du chaos.

Technologies,économie et politique forment ensembles un nœud gordien qu'il est impossible de dénouer.Karl Popper en son temps nous le démontrait:la science est imprédictible (le progrès mathématique n'est pas prévisible) mais l'espoir en des jours meilleurs grâce à la science ne me paraît pas absurde.....pourvu que les technologies soient décidées par des hommes et des femmes épris de sagesse.



Propylée,arborescence de descripteurs des sciences,techniques et industrie.

Avec la mise en ligne du site Propylée l'arborescence sera très bientôt consultable en ligne et je profite de l'occasion pour préciser encore une fois qu'une classification,une nomenclature n'a pas valeur de classement:Alors que la classification est l’établissement de catégories, le classement est l’insertion, selon un ordre donné, d’individus ou d’objets à l’intérieur des classes.

Le site insistera sur les différences entre l'élaboration d'une liste de termes et une arborescence de ces mêmes termes.La liste est le fruit d'un inventaire, l'arborescence celui d'une nomenclature.Il n'y a aucune volonté de hiérarchiser dans une nomenclature mais une volonté de clarifier en regroupant par catégories,de disposer les termes dans leur contexte de façon simple et un peu (trop?) schématique.Dans notre manière de penser et d'organiser le monde,la structure de données arborescente s'impose depuis l'installation de l'informatique dans le paysage technologique. L'objectif du site est à la fois de populariser ces notions d'inventaires et de nomenclatures,d'assister momentanément des personnes en difficulté sur une requête dans un moteur de recherche,d'offrir à certains micro-informaticiens professionnels la possibilité d'élargir la palette des référencements et de vulgariser une discipline méconnue (voire mal aimée):la taxonomie.Vous pouvez d'ores et déjà vous inscrire sur le site.


Pour compléter la réflexion:

Michel Puech:ISBN 978-2-7465-0357-1





mercredi 29 février 2012

LE NATURALISME CONTEMPORAIN


     I - Représentations et connaissances



La vie mentale a longtemps divisé les savants en deux catégories opposées:scientifiques expérimentateurs et philosophes.Pour de nombreux philosophes nos processus mentaux sont essentiellement doués d'intentionnalité c'est à dire de cette caractéristique particulière des croyances,des désirs ou des espoirs d'être «à propos de quelque chose» contrairement aux objets naturels qui eux ne sont «à propos de rien d'autres que d'eux mêmes».
Cependant,les progrès des neurosciences cognitives aidant et l'esprit de tolérance entourant ces sujets,il convient de noter que les fossés se sont comblés et que des ponts entre personnalités étudiant ces questions se sont créés.Ainsi les scientifiques admettent que l'introspection soit un point de passage obligatoire pour une voie de connaissance de soi,l'expérimentateur ayant la capacité de corriger les inévitable erreurs:
La première étape, cruciale, consiste à prendre au sérieux ce que les sujets rapportent de
leur introspection et de leur phénoménologie. Ces rapports subjectifs sont les
phénomènes clés qu’une neuroscience cognitive de la conscience vise à étudier. En tant
que tels, ils constituent les données primaires que l’on doit mesurer et enregistrer en
parallèle avec toutes les autres données physiologiques.” (Dehaene & Naccache, 2001)


L'impact de la théorie de l'évolution sur la philosophie naturaliste
Le naturalisme a connu dans l'histoire des idées des fortunes diverses mais au cours des 50 dernières années certains penseurs ont remis l'ouvrage en chantier.Nous en présentons un bref panorama dans le tableau 1.
Naturalisme
«c'est au sein même de la science,et non dans une quelconque philosophie première,que la réalité doit être identifiée et décrite» Quine (1981)
Ce qui l'autorise à déduire que: 1) le monde naturel est tout ce qui est; 2)nous ne possédons aucune source non naturelle de connaissance.
Nous comprenons que c'est une connaissance de la phase objective de notre conscience à laquelle nous sommes conviés par Quine.Le naturalisme de Quine est réputé faillibiliste,antitranscendantale et holistique pour ce qui est des théories et gradualiste au regard de la connaissance ou de certaines notions comme la vérité.Le chercheur naturaliste étant faillible,les sciences naturelles sont toujours sujette à des révisions et ne peuvent en aucun cas être 'l'arbitre final en toute chose'.




La conscience
En l'état actuel des travaux,la conscience n'admet pas de définition unique et simple;le tableau ci-dessus explicite des approches et des méthodologies différentes mais elles s'éclairent mutuellement: tous les auteurs cités ne s'interessent pas aux mêmes fonctions bien que leurs études cherchent à mieux connaitre la conscience.A la fin du XIX ème siécle le naturaliste R.Steiner pouvait écrire:
La conscience sert de lieu de rencontre où concept et observation sont associés l'un à l'autre”
Un peu plus d'un siècle plus tard le Pr Michel Imbert distingue 3 niveaux dans l'étude de la conscience:


  • niveau 1:la "conscience" de la créature ce que d'autres scientifiques nomment "niveau de vigilence".
  • Niveau 2:la conscience d'état mental,divisée elle-même en deux catégories
    • 1- la conscience phénoménale (privée:expérience subjective) que l'on ne sait pas modéliser:"hard problem" de D.Chalmer.
    • 2- la conscience d'accès (description des comportements)qui fait l'objet de très nombreux travaux en neuro sciences cognitives:"easy problem" de D.Chalmer.
  • Niveau 3:la soi-conscience qui se caractérise par le langage,par la méta-cognition et par l'action volontaire.


Selon ce schémas la conscience d'accès fait figure de niveau intermédiaire qui se caractérise par une stabilité du traitement de l'information renvoyant à une valeur biologique de survie qui est "l'invariance perceptive".Dehaene estime que le problème difficile est celui qui se pose aux neurocogniticiens et qu'une fois ces difficultés relatives à la conscience d'accès élucidées,la conscience phénoménale sera expliquée.Pour présenter ces recherches nous admettrons un isomorphisme entre les états mentaux et les états cérébraux.C'est la théorie de l'identité que les scientifiques nuancent et enrichissent depuis les années 1970.Le Pr.Dehaene et Col ont élaboré un modèle sophistiqué :"l'espace de travail neural global " (Global neural workspace – GNW) qui fait déjà l'objet de nombreuses confirmations expérimentales.Selon ce modèle les informations en provenance du monde sont traitées de façon objective par les zones cérébrales spécialisées,puis se propagent sous la condition que le temps d'exposition du stimulus soit suffisamment long,sont réverbérées selon un phénomène de feed-back et envahissent tout le cerveau.C'est seulement à ce moment que ce stimulus pourra être rapporté verbalement (dans le cas de sujet humain) attestant de l'accès à la conscience. Etre conscient,en somme,c'est disposer de l'information disponible.
Cependant le philosophe n'a toujours pas la réponse à son interrogation:pourquoi des concentrations ioniques,des influx parcourant les neuro processeurs induisent-ils précisement ces états mentaux tels que nous nous les expliquons avec nos catégories intentionnelles?
D.Dennett s'interroge quant à lui au comment de certains phénomènes qui jusqu'ici ont été négligé:les animaux,totalement ignorant des mécanismes biologiques sous-tendant les comportement,ont cependant des capacités à anticiper les réactions d'autrui.Et nous aussi,nous sommes capables de prévoir avec de bonnes approximations le comportement de nos semblables.Comment cela se peut-il?
La clé se trouve,selon D.Dennett,dans la théorie darwinienne de l'évolution:nos interprétations sont le produit d'une aptitude qui a été lentement fabriquée par la selection naturelle et que nous avons hérité de nos lointains ancêtres parce qu'elle a amélioré leur survie.Notre langage nous permet d'exprimer et de partager nos prédictions et nous sommes en mesure de concevoir une "théorie de l'esprit" des personnes qui nous entourent.Dennett qualifie de "posture intentionnelle" cette aptitude qui nous permet d'attribuer des croyances ou des désirs à ce qui nous entoure.Et cette posture caractéristique de la psychologie populaire est à distinguer de la posture des physiciens qui cherchent à expliquer les phénomènes.Selon Dennett les croyances et les désirs n'existent réellement que dans les calculs du psychologue populaire tout comme le centre de gravité n'existe que chez les physiciens qui modélisent (en mécanique classique ou en cinématique par exemple).
Chez la pluspart des des philosophes de l'esprit une définition de la réalité est également un préalable indispensable à leur conception.
Dans sa philosophie spiritualiste,R.Steiner systématisait l'introspection en en faisant un acte de méditation:"la pensée est un objet d'observation qui se distingue essentiellement de tous les autres; observer la pensée exige un état d'exception [....] l'être pensant oublie la pensée pendant qu'il l'excerce;la pensée est l'élèment inobservé de notre activité spirituelle courante".
Cette philosophie de l'esprit considèrait que la conscience humaine est une sorte de théatre permettant à l'acteur principal qu'est la pensée de jouer son rôle:achever l'univers en lui adjoignant des représentations élaborées.
"Tant que nous restons dans le domaine des sensations,des sentiments (et de l'acte de perception),nous sommes des êtres isolés;mais lorsque nous pensons nous sommes l'être unique et indivisible qui pénètre toutes choses.La perception n'est pas une chose achevée,définitive;elle ne représente qu'une seule face de la réalité totale.L'autre face c'est le concept.
L'homme est co-créateur de l'univers et notre besoin de connaissance nait en nous du fait que la pensée dépasse notre existence particulière pour se rattacher à la vie universelle du cosmos." (R.Steiner in "Philosophie de la liberté")


Cette formulation qui date de la fin du XIXème siècle peut surprendre de nos jours;elle n'entrainera aucune confusion si l'on envisage que l'auteur de ces lignes évoquait un acte volontaire et il me parait important de suivre le raisonnement de R.Steiner dans le prolongement des études scientifiques pour comprendre comment la conscience de soi peut,suite à une décision volontaire,venir compléter la phase objective du traitement de l'information.


«J'agis donc je suis»
C'est par cette formule que Marc Jeannerod présente son étude sur le cerveau volontaire.Sa conclusion est que vouloir et faire sont deux choses indépendantes qui mettent à contribution plusieurs sous-systèmes de traitement:
  • un premier type de réseau où se traite la formation de la représentation motrice,puis la préparation et la simulation.Ce sous-système est impliqué dans un contrôle de la dynamique spatio-temporelle de l'action;il est automatique et inconscient.
  • Un second type qui contrôle la partie conceptuelle de la représentation et franchit la conscience d'accès car l'expérience devient consciente:elle est rapportable et verbalisable.
Marc Jeannerod insiste sur le fait que ces deux niveaux de traitement n'entretiennent pas de relations de subordination:l'activité du niveau automatique ne détermine pas l'activité du niveau conscient et inversement.C'est l'action elle-même qui est le point de convergence des deux sous-système: «le passage à l'acte rend visible le contenu de la représentation,l'auteur prend connaissance de ce qu'est devenue son intention» [Marc Jeannerod 2009]


L'introduction d'une distinction entre une réalité en évolution et une réalité parfaite peut choquer ceux qui adoptent un point de vue exclusif différent tel que l'idéalisme ou le matérialisme.Mais pour un gradualiste la césure entre un monde de phénomènes et un monde de noumènes semble tout aussi arbitraire.La distinction proposée,à titre d'hypothèse de travail, est validée par de nombreuses observations:
  • il n'y aucune coupure nette entre les différents rêgnes de la nature
  • nombres de processus inconscients du cerveau des primates et ceux d'homo sapiens sapiens sont les mêmes
  • l'espace de travail neural global et la conscience de l'action chez l'homme sont l'indice d'un changement progressif de rêgne.


Le problème actuel est plutôt de situer la cloture de la Nature.Le mathématisme et le spiritualisme semblent tous deux nous en indiquer une.La vie nait (sans doute aussi sur d'autres mondes) et explose en une infinie variété d'espèces jusqu'à la notre qui va tenter de s'autonomiser de la nature pour envahir la niche culturelle nous permettant d'étudier le phénomène de la conscience de soi,de l'intelligence collective et des manifestations étourdissantes de la personnalité.Notre civilisation fort riche nous autorise à vivre dans un monde où les artistes,en nous montrant d'autres limites au naturalisme,sont les maitres d’œuvre de l'illusion et du loisir.En empruntant aux techniques numériques,l'art nous entraine aujourd'hui dans une «réalité» virtuelle qui ne cesse de croitre et de nous étonner.

Pour compléter:
Publications scientifiques : PLoS
J.F Dortier: histoiredes sciences cognitives
Pr Imbert : vidéo



Un fichier achève les 'post' précédents sur l'évolutionnisme





lundi 19 décembre 2011

L'évolution "accélérée" de Ray Kurzweil


Quand les nanotechnologies remplaceront les biotechnologies

Notre enquête nous l'a montré:l'évolutionnisme est un thème qui court dans nombres de secteurs de la vie quotidienne;et il en est un qui mérite un traitement particulier:c'est celui des technologies car l'évolution y présente un caractère nouveau et par là même inquiétant. L’évolution de la technique est dite «accélérée».Que faut-il comprendre par là ?Est-ce une formule,un slogan au goût du jour,ou bien cache-t-elle une réalité profonde?
Selon Kurzweil,les scientifiques doivent assigner un objectif à l'humanité qui est menacée par la pression malthusienne. Ce nouveau but collectif est nommé la «singularité» et le moyen de le réaliser:la convergence NBIC. Les méthodes des disciplines physiques sont la référence de la démarche des chercheurs engagés dans ce projet. C’est une vision scientiste du progrès de la société,devant inéluctablement produire une amplification de l'intelligence conduisant à une explosion des connaissances. Mais il est remarquable que les modèles développés par Kurzweil et son équipe démontrent que le taux d'adoption de nouvelles idées double tous les dix ans.


Le projet des «singularitariens»
Il est la conséquence logique d'une prémisse irréfutable:la loi du retour accéléré,parfaitement mis en évidence par des diagrammes en repères logarithmiques présentés par Ray Kurzweil. L’évolution technologique est en accélération constante ce qui a pour effet de nous fournir un environnement économique ainsi que des capacités de calcul inédits et adéquats pour comprendre:
  • la capacité de calcul du cerveau humain
  • le programme de l'intelligence humaine
De fait il devient possible de construire une intelligence artificielle,de l'implanter dans le réseau et à terme de copier le cerveau humain et de le télécharger dans ce nouveau type de machine. La «singularité» est alors présentée comme une nouvelle transcendance.
«La singularité»
«Nous permettra de vaincre des problèmes vieux comme l'humanité et d'amplifier de façon gigantesque la créativité humaine. Nous pourrons préserver et augmenter l'intelligence que l'évolution nous a donné tout en surmontant les limitations de notre évolution biologique. Mais la Singularité va aussi amplifier notre habileté à agir en suivant nos propres inclinaisons destructrices.» (Kurzweil)
La GNR
Convergence génétique-nanotechnologie-robotique.
L'analyse par Kurzweil du progrès technique met en évidence six époques de l'évolution:
  • 1ère époque:les structures atomiques contiennent de l'information
  • 2sd époque:l'ADN contient de l'information
  • 3ème époque:des modèles neuraux contiennent de l'information
  • 4ème époque:l'information se retrouve dans les modèles de programmes informatiques
  • 5ème époque:les méthodes de la biologie sont intégrées dans les bases technologiques humaines
  • 6ème époque:les modèles de matière et d'énergie présents dans l'univers sont saturés de processus intelligents et de connaissances.
Selon ce schémas nous connaissons actuellement les prémisses de la 5ème époque c'est à dire la fusion de la technologie humaine avec l'intelligence humaine. Cette époque débutera officiellement avec la «Singularité» lorsque la convergence GNR aura permis la substitution de la biotechnologie par la nanotechnologie et la robotique. Les machines auront acquis la possibilité de se reproduire et de s'améliorer elles-mêmes sans intervention humaine;elles bénéficieront alors de circuits moléculaires tridimensionnels extrêmement rapides. Les robots seront conçus au niveau moléculaire et se mesureront en microns. Ces nanorobots pourront interagir avec les neurones biologiques. Une fois que l'intelligence non-biologique aura pris pied dans le cerveau humain l'intelligence des machines dans notre cerveau continuera à croitre de façon exponentielle».(p.48)
La mise en œuvre de la convergence GNR
La convergence de la génétique-nanotechnologie-robotique sera réalisée grâce à un ensemble impressionnant d’innovations. Citons:
  1. L'approche méthodologique ascendante ('bottom-up') nouvelle démarche expérimentale caractérisant les nanotechnologies.
  2. L’ingénierie inverse du cerveau
L'ouvrage présente de longs développements sur le fonctionnement du cerveau tel qu'il est en train d'être étudié;nous y apprenons «que l'ADN est le nano-ordinateur organisé de la nature mais que celui-ci présente une limite […] il est impossible de les [SIMD] programmer pour des algorithmes à but général».Cette limitation dénote,encore une fois, la difficulté qu'il y a à filer avec précision la métaphore 'ADN=programme informatique'.Je reviens sur cette question dans le paragraphe suivant. Mais ce chapitre se poursuit par une présentation des capacités analytiques du cerveau humain jugées médiocres et facilement imitable en ce qui concerne les facultés de reconnaissance des motifs,de l'intellect et de l'intelligence émotionnelle:»il est raisonnable de s'attendre à ce que la capacité du cerveau humain,au moins en terme de capacité de calcul matériel,vaille un milliers de dollars [1000 $] d'ici 2020».La foi de l'auteur dans la rétro-ingénierie du cerveau le conduit à une conclusion très audacieuse:»l'ordinateur portable ultime fonctionnera avec l'équivalent du pouvoir du cerveau (?) de cinq trillions de trillions de civilisations humaines».J'ai rajouté le (?) car je ne sais pas ce qu'est le 'pouvoir du cerveau' en dehors de sa capacité à traiter l'information. 
  • La reconstruction du cerveau humain 'in silico'
  • Ayant posé que l'un des objectifs de la GNR était de télécharger le cerveau humain quelles pourraient être les principales étapes que les scientifiques choisissant cette voix de recherche vont mettre en oeuvre?Il s'agit ni plus ni moins que de comprendre le 'logiciel de l'intelligence humaine' en sorte de le réécrire. Il faut pour cela comprendre comment le cerveau utilise les processus holographiques chaotiques et auto-organisationnels pour traiter l’information. Mais il faut garder à l'idée que le cerveau n'est pas un ordinateur conventionnel et qu'il se distingue de ce dernier par plusieurs points:
    •  le retour synaptique et le temps de stabilisation d'un neurone sont lents (par rapport aux capacités des futurs machines) et sont massivement parallèles.
    •  le cerveau combine des phénomènes analogiques et digitaux
    •  le cerveau est capable de se 'recabler'
    •  la plupart des détails du cerveau sont aléatoires
    •  le cerveau utilise l'évolution;il est en plus holographique 
    • le cerveau a une architecture en régions
      Il faudra utiliser des nanorobots pour capturer le niveau de détails requis du cerveau en le scannant de l’intérieur. Cette technologie devrait être disponible en 2030.Il semble cependant que les neurones réagissent en formant des cellules gliales qui entourent les corps étrangers comme pour les neutraliser rendant impossible la connexion des implants.(p.210)
  • L'émergence des cyborgs et de l'humanité 2.0 conséquence de la thérapie génétique
  • Des propositions pour le pré positionnement d'un «système immunitaire» technologique (robots défenseurs) et abandon précis de certaines nanotechnologies. Ainsi le Foresight institute émet quatre types de réserve vis à vis de la convergence GNR:
  1. les réplicants [réplicateurs] artificiels ne doivent pas être capables de réplications dans un environnement naturel non contrôlé.
  2.  On décourage l'évolution dans le contexte d'un système de création auto-répliquant.
  3.   La conception de systèmes micro ou nanotechnologiques doit limiter la prolifération de façon systématique et permettre la traçabilité de tous les systèmes répliquant.
  4.  La distribution des capacités de développement moléculaires doivent être restreinte à des utilisateurs responsables ayant accepter de se conformer aux lignes de conduites. Le non-respect de ces restrictions engendre l'interruption du processus de développement.
Les concepts-clés de «l'évolutionnisme accéléré»
Des avancées dans le domaine de la biologie synthétique,de la génétique,de l'intelligence artificielle et de la robotique permettent de mieux caractériser ces disciplines les unes par rapport aux autres et de comprendre comment elles s'enrichissent mutuellement.
  • Les processus technologiques comme biologiques sont évolutionnairement en accélération et en inter-action par:
    1.  auto-assemblage:
    Cette question peut être vue par la biologie comme relevant de l'auto-organisation qui est un problème qui n'a pas encore trouver de solution définitive. Il peut cependant être reformulé schématiquement de la façon suivante:
  • soit le but pilote l'organisation du système;la vie est un processus téléonomique,elle est un scénario d'organisation
  •  soit un signal analogique émanant de l'environnement provoque l'organisation.
  •  Au laboratoire certaines structures chimiques présentent la caractéristique d'auto-assemblage:c'est le cas des nanotubes de carbone qui ouvrent des perspectives très intéressantes pour la fabrications de nouveaux types de microprocesseurs
  • invention de l'ARN par l'évolution:
    traitement de l'information biologique
    Ce point mérite d'être étudié car l'analogie code génétique=programme informatique ne revêt pas le caractère d'évidence que les technophiles de toutes tendances voudraient nous convaincre.  
    •  accélération des connaissances
Les réponses par anticipation aux critiques
L'ouvrage se termine par un chapitre intitulé 'réponse aux critiques'.C'est la méthode utilisée par le matérialisme éliminativiste:formuler les critiques «raisonnables» et y répondre. On évite de ce fait les critiques dérangeantes car il est très difficile,sinon impossible,d'évaluer le «système technique» dans sa globalité sans faire référence à des notions comme l'intention,les émotions,l'éthique. Ainsi les réponses par anticipations aux critiques sont-elles très denses et apportent-elles des compléments vraiment complexes. D’ailleurs R. Kurzweil a reçu douze doctorats honorifiques,c'est dire si les simples mortels que nous sommes aurions tord de formuler quelques objections que se soient. Donc concernant la pression malthusienne,seul semble résister l'argument consistant à avancer que «tout ce qui était humainement possible de faire,l'a été!» et qu'en conséquence il nous est désormais loisible de tenter une transformation en 'autre chose'.C'est désormais à discerner la nature de cette 'autre chose' qui devrait focaliser l'attention de plus en plus de monde. Peut-on imaginer une telle évolution dans un monde ou les addictions et la violence sont si présentes?
«La transformation sous-jacente à la Singularité n'est pas juste une longue série d'étapes de l'évolution biologique. Nous renversons totalement l'évolution biologique»
Ray Kurzweil (p.401)
Pour compléter:
Ministère du développement durable 2011





jeudi 17 novembre 2011

Enquête sur l'évolutionnisme (Fin)

 CONCLUSION A L'ENQUÊTE SUR L'ÉVOLUTIONNISME

Cette enquête tente de réunir plusieurs éclairages sur le phénomène d'évolution.Elle est un décodage de faits ou de procédés mis au jour par des spécialistes de nombreuses disciplines.
  1. Paradigmes évolutionnistes

Notre analyse impliquerait plutôt les sciences comportementales que le darwinisme historique car de nombreuses pratiques fondées soit sur des modalité de l'échange de biens soit sur des idéologies font référence explicitement aux comportements humains.Aussi pour conclure, j'élargirais la focale jusqu'aux frontières des sciences humaines en tentant de présenter brièvement quelques prises de position vis à vis de l'environnement,du saccage systématique des ressources naturelles et des conséquences de ces actions suicidaires pour notre évolution collective.
    1. Une science complexe

«Les objets naturels ne sont jamais isolés.Penser cette complexité est le prix à payer pour comprendre l'unité du monde sous la diversité des phénomènes»P. Acot (2003)
          1. Conséquences de cette 'rêgle'

Si les disciplines scientifique et techniques se sont fortement complexifiées et évoluent rapidement, il doit exister une tendance à la vulgarisation scientifique.Ce processus existe effectivement au sein de la communauté scientifique elle-même,produit par des disciplines complexes vers d'autres disciplines complexes . «Elle est nécessaire pour la fécondation croisée des savoirs et la transdisciplinarité[...]La vulgarisation des sciences dites «dures» vers les sciences humaines et sociales et inversement ou avec d'autres domaines de la culture vulgarisée participent aussi cette dynamique.» Wikipédia
          1. techniques de modélisation de l'évolution

Pour traiter des problèmes tels que le changement climatique,l'évolution de la biosphère ou les transformations d'une société,«il faut penser la transformation [...] au fil du temps comme les musiciens lisent une partition d'orchestre:...s'il est toujours possible de distinguer les éléments qui composent la partition,le sens profond de la musique ne surgit que par la simultanéité du jeu» (Pascal Acot 2003).
    1. La science des interactions

L'écologie en tant que discipline scientifique repose sur trois piliers;c'est la science qui étudie:




  • les conditions d'existence des êtres vivants
  • les interactions existant entre les êtres vivants
  • les écosystèmes ou interactions entre le vivant et milieu 
    La complexité est bien une caractéristiques de la biologie et la transdisciplinarité est au cœur des méthodes biologiques.Mais ce 'projet' n'a pas l'ambition,comme les sciences «
    dures»,de réécrire les régularités du monde mais de décrire par un discours particulier l'univers du vivant en présentant ces 'lois d'airin' et en organisant dans la durée les processus vitaux.

  •                         II .  Écologisme et évolution



    Nos considérations sur l'évolutionnisme nous ont donc rapproché de la nature mais dans son 'instanciation' évolutive c'est à dire de la biosphère et ses sous-ensembles:les éco-systèmes.Nous aborderons maintenant une évaluation de l'évolutionnisme dans sa dimension politique.
      1. Classification de l'écologisme

    Après des débuts difficiles pendant les années 60/70 du siècle dernier,les problématiques environnementalistes se sont fait une place dans l'actualité lorsque les politiques n'ont plus pu ignoré les dégradations subit par l'environnement et les conséquences désastreuses en terme de santé publique dues aux polluants.Nous vivons maintenant un temps fort de la philosophie de la Nature;pour beaucoup ceci se traduit par une opposition ou un choix binaire:l'Homme et ses valeurs contre la nature et ses différents constituants.Comme nous l'explique Stéphane Ferret deux métaphysiques sont confrontées:la traditionnelle métaphysique H,humaniste et anthropocentrisme pour qui la nature est une ressource qui doit être protégée pour la survie de tous,et la métaphysique non-H,non obnubilée par l'être humain ni dirigée contre l'humain,mais soucieuse de l'environnement et de tous les existants qui sont en interaction.Consécutivement l'auteur distingue quatre courants de pensée présents dans l'écologie politique:



  • l'écologie environnementaliste (de type H):la Terre doit être préservée parce que les ressources terrestres limitées sont destinées aux générations futures tout comme à la nôtre.
  • l'écologisme non-H de type 1:les animaux doivent être protégés en tant qu'être souffrants.
  • l'écologisme non-H de type 2:tous les êtres vivants représentent une valeur absolue et doivent par conséquent être protégés (éthique biocentrique)
  • l'écologisme non-H de type 3:la totalité et les interconnexions des éléments composants cette totalité sont la valeur suprême.

  •                         2.La démocratie représentative versus la démocratie écologique


    A l'époque durant laquelle les démocrates ont mis en place leurs constitutions le progrès voulait que les considérations sur l'intérêt général passent par une transformation de la nature:il s'agissait de maitriser 'la nature sauvage'.Comme l'écrit D.Bourg:la volonté de réprimer,contrôler ou transcender les caractéristiques 'naturelles' est inscrite dans la structure de pensée du gouvernement représentatif» (D.Bourg & K.Whiteside 2010).Les atteintes aux lois et cycles de la biosphère,le changement climatique,une chute drastique de la biodiversité,l'interférence des activité humaines avec les cycles de l'azote et du phosphore,la pollution de l'eau douces et des sols,l'acidification des océans,etc... même s'ils font désormais l'objet de débats ne sont pas très efficacement combatus.Il conviendrait donc d'enrichir les processus représentatifs,qui sont le cœur des démocraties,par l'intégration d'un ensemble de pratiques et d'institutions méta-représentatives afin de débusquer des préjugés mêlés aux témoignages des spécialistes,de contester les choix politiques inopportuns qui ne prennent pas suffisamment en compte les exigences de ceux qui n'ont pas de voix (les animaux,les plantes),de débattre de l'acceptabilité de certains risques.Déjà de multiples procédures ont testé une participation citoyenne:jurys citoyens,'conférence de consensus','forums hybrides'.

                            III.    Web sémantique et indicateurs environnementaux


    Le mode de développement n'a pas honoré ses promesses: aujourd'hui 40% de la richesse mondiale est détenue par 1% à 2% des habitants des pays les plus riches.«Détruire l'essentiel pour produire le superflu» tel pourrait être le slogan des nations industrialisées comme celles qui aspirent rapidement à le devenir au mépris de toutes considérations environnementales.Qu'est ce qui est acquis dans ce domaine?

      1. La complexité environnementale

  • Comment traiter les données environnementales ayant trait aux risques naturels et technologiques afin d'en extraire une information fiable et utile aux décideurs et aménageurs?Le problème se résume en l'élaboration d'indicateurs environnementaux porteurs de signification en terme de tendance.Ils doivent être durablement pertinents,cohérents et précis.De façon générale l'information environnementale est contenue dans des ressources d'information qui sont indexées par des métadonnées pour en faciliter le partage. Les métadonnées sont, dans le cadre du Web sémantique, des données signifiantes qui permettent de faciliter l'accès au contenu informationnel d'une ressource informatique,une notice de contenu intégrée en quelque sorte (dans l'en-tête des documents 'html' côté code source ou en tant que fichier 'xml' autonome par exemple).
      1. Ecoinformatique

  • «L'écoinformatique vise à une synthèse des sciences de l'environnement et des sciences de l'information qui définit les entités et processus des systèmes naturels dans un langage que les humains et les ordinateurs peuvent traiter wikipédia Actuellement les recherches portent surtout sur la représentation des connaissances environnementales pour les intégrer dans des systèmes expert.Dans un cadre de l' évolutionnisme les questions environnementales se posent en termes de structures de données afin de faciliter la mise en œuvre collective de solutions élégantes et performantes

  •                                        3.  Les structures du développement durable


    Il serait injuste,cependant,de laisser croire qu'en matière de protection de l'environnement et de développement durable tout se résume à des chiffres.De très nombreuses initiatives tant locales que nationales prouvent que les comportements changent;de complexes réseaux structurent les démarches environnementales.Nous développerons ce point important dans un futur 'post'.