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dimanche 3 mars 2013

L'évolution par concrétisation

Pour Gilbert Simondon la concrétisation est une individualisation de l'individu technique.Ainsi on dira qu'un système est plus évolué que son prédécesseur lorsque le plus récent sera plus concret que le prototype initial.Dans les prothèses par exemple les dernières prothèses sont plus concrètes que les premières;une main artificielle reliée au système nerveux par des connexions électroniques est plus proche de la réalité qu'un simple crochet qui affublait les malheureux amputés.La concrétisation réussie est donc une intégration optimale à l'ensemble.Vu sous cet angle on comprend que de nombreux individus techniques fassent toujours l'objet d'une amélioration car leur intégration dans l' environnement est loin d'être optimale.De plus il faut tenir compte de l'innovation qui sera le reflet de cette volonté d'adapter toujours mieux l'artefact aux usages de l'utilisateur final.Se pose également les limites de cette adaptation puisque certains individus techniques pris dans le processus de concrétisation vont disparaître en basculant dans le monde moléculaire par miniaturisation.
Une nouvelle matrice,plus complète,de l'évolutionnisme se dégage alors :




Type d'évolution
Processus en cause
Biologique
Instructionnisme
Sélectionnisme
Sélection génique
Sélection hiérarchique
Fonctionnalisme | Structuralisme


Mutations/sélection
Le trait crucial est "l'interdépendance dans la différence"car les niveaux hiérarchiques sont capables d'interagir,tout en présentant des modalités de fonctionnement assez distincts. » (S.J Gould)



Economique
Complexification/abstraction
Infrastructures interopérables

Auto-organisation des structures

Alternances équilibres⁄déséquilibres

Nouvelles pratiques à Soutien Communautaires

            modèles:

  • service/ressources
  • fournisseurs/usagers




Technique

Concrétisation/miniaturisation
     Mutations du complexe industriel:


  • Convergence des nouvelles technologies de communication et d'un nouveau système énergétique
  • structures organisationnelles en réseaux
(J.Rifkin - E.Drexler - R.Kurzweil)


   Evolutionnisme (propylée © 2013)

 
Cette matrice induit quelques observations:

  • L'évolution biologique est intrinsèquement progressive,les deux autres sont difficilement prévisibles et parfois brutales à l'image des catastrophes qui ponctuent l'histoire de la vie sur Terre.On parle de discontinuités dans ce cas comme celles du permo/trias ou du jurassique/crétacé ayant entrainé la disparition des dinosaures.

  • La complexification par abstraction de l'évolution économique provoquera à terme un bond dans une nouvelle logique.Rifkin l'annonce d'emblée dans l'introduction de son dernier livre:il nous faut une nouvelle logique économique capable de nous faire entrer dans un futur plus équitable et plus durable» (J.Rifkin 'La troisième révolution industrielle' 2012)
  • Nous devons nous préparer à connaître la quatrième grande désillusion.La dernière,après celles de Galilé,de Darwin et de Freud:la convergence de la machine et de l'homme;ce qui est née de ce qui est crée.L'ultime concrétisation,le miroir de l'homme augmenté et simplifié:le cyborg.

     

  Il faut souligner que le monde économique est lui aussi affecté par des mutations qui restent inaperçues par la majorité des analystes jusqu'au moment ou certains d'entre eux comprennent qu'elles doivent être interprétées avec d'autres critères.C'est le début d'une nouvelle crise qui durera jusqu'à ce la nouvelle logique rendue inévitable par les transformations finisse par s'imposer au plus grand nombre de dirigeants économiques,politiques et financiers.Ce long processus de prise de conscience est bien décrit par J.Rifkin à propos de l'avènement de la III ème révolution industrielle.Mais un phénomène de cette ampleur traduit en acte un double processus évolutionnaire:les poussées de l'abstraction et de la concrétisation.Le temps de nouvelles convergences dans l'univers industriel est désormais venu.

 

Les cinq piliers de la III ème révolution industrielle de J.Rifkin


  1. le passage aux énergies renouvelables
  2. La transformation du parc immobilier en micro centrales énergétiques qui collectent sur site des énergies renouvelables
  3. Le déploiement de la technologie hydrogène et d'autres techniques de stockage dans chaque immeuble et dans l'ensemble de l'infrastructure pour stocker les énergies intermittents
  4. L'utilisation de la technologie Internet pour transformer le réseau électrique en inter-réseau de partage de l'énergie (fonctionnant comme l'internet)
  5. Le changement de moyens de transport par passage aux véhicules électriques ou à pile à combustible.

 

Dernier point:

disparition du 'sauvage' v/s la conquête des zones 'abiotique' de la planète



Le capitalisme distribué qui engendre cette mutation industrielle fait son chemin en offrant de nouveaux services dans tous les domaines (de l'agriculture à soutien communautaire au partage de moyen de transport réduisant l'empreinte écologique).Tout ceci augure positivement de l'avenir;cependant on est légitimement en droit de s'interroger sur le sens d'une réflexion de Rifkin concernant la disparition du 'sauvage'.Cette évolution est présentée comme étant inéluctable et implicite dans la mise en place de la III ème révolution: Ce n'est pas par hasard qu'en ces temps où nous célébrons l'urbanisation de la planète,nous approchons d'un autre tournant historique:la disparition du sauvage....Les scientifiques jugent probables que,du vivant des enfants d'aujourd'hui,le «sauvage» disparaitra presque totalement de la surface de la terre.

[J.Rifkin (2011) p.119 La troisième révolution industrielle - ed: Les Liens qui Libèrent].



Cette disparition n'est pas sans soulever beaucoup de questions qui elles ne sont pas du tout évoquées dans la suite de l'ouvrage;elle a un profil d'éradication cynique:il nous faudra trouver un moyen de nous réintégrer au reste de la Terre vivante.(J.Rifkin op cité p.121).Notez au passage le glissement sémantique 'surface de la terre' devenue 'Terre vivante' après disparition du sauvage.Il y a là une dimension du projet «III ème révolution industrielle» qui est pour le moins inquiétante car il y a,à mon sens,une alternative:puisque tout ceci ne va pas sans une débauche d'innovations technologiques pourquoi ne pas en profiter pour revitaliser l'aride ou pour conquérir des zones abiotiques?Après tout il y a encore beaucoup de place sur la planète avant d'envisager de faire disparaître le 'sauvage' au détriment de tous ceux qui le composent.Je crains pour ma part une convergence intolérable pour un humaniste entre la nouvelle ère industrielle et l'avènement des cyborgs si ce sujet est laissé aux mains des financiers et de décideurs politiques belliqueux.



C'est sur cette réflexion impertinente que je terminerais ce post en signalant la mise en ligne d'une nouvelle;la science-fiction qui met en scène des civilisations 'exotiques' me fascine depuis longtemps;aussi je m'y suis essayé à mon tour!
 

jeudi 13 octobre 2011

Enquete sur l'évolutionnisme

IV partie

I. Les travaux scientifiques traditionnels

1. Géomorphologie,paléoclimatologie et histoire du climat

L'évolution telle que nous l'envisageons est un processus spatio-temporel;elle se déroule sur terre et ce depuis les premières formes de vie.Un certains nombres de disciplines des sciences de la terre interviennent pour complexifier notre tentative de représentation.Dans cette enquête nous devons faire référence à la théorie de la tectonique des plaques.Sur de très longues périodes,sur une échelle temporelle géologique et évolutionniste,le visage de la terre et les climats régionaux se transforment de façon considérable.Nous reproduisons trois cartes ( Géopédia )qui illustrent ce long processus.

Visage de la terre il y a 400 millions d'années au dévonien


Visage de la terre il y a 200 millions d'années au crétacé


Visage de la terre dans 150 millions d'années

On ne peut pas évoquer ce sujet sans souligner le fort couplage qui existe entre les phénomènes telluriques (les courants mantéliques) et la biosphère (l'ensemble des écosystèmes).Cette modification du 'visage de la terre',de la disposition des continents les uns par rapport aux autres,est fondamentale pour rendre compte des variations climatiques, de l'évolution biologique et de la spéciation.Les espèces végétales s'installent et la biodiversité végétale entraine la complexification de l'ensemble du monde vivant en raison de l'accroissement du nombre des niches écologiques.

2. Biologie évolutive


Nous avons vu au cours de ce bref panorama que la théorie de l'évolution est «composée» d'un ensemble de sous-théories (dont certaines sont inachevées) issue de diverses disciplines dont l'histoire naturelle (la théorie de la phylogénie),la paléontologie,la paléoclimatologie,l'histoire de la terre (dont la théorie de la dérive continentale),la biologie évolutive et qu'il faut prendre en compte l'approche structuro-fonctionnelle de la biologie fonctionnelle elle même constituée de nombreuses disciplines. C'est désormais à une théorie de l'évolution hiérarchique à laquelle il faut se référer.
Processus d'hominisation
«L'homme n'est pas sorti de l'état de nature,mais il a exploré avec succès une niche extrême:la culture

La culture étant considérée comme un phénomène d'acquisition,de transmission et d'accumulation d'informations;elle se rapporte «à toutes pratiques ou état mental acquis ou modifié par le biais de l'apprentissage social».Cette culture a été rendu possible grâce à notre capacité à imiter.Ou présenté d'une autre manière,l'imitation est la condition nécessaire de la culture.Les découvertes paléo-anthropologiques (production d'outils,parures,enterrement des morts) situe notre capacité à imiter aux alentours de 40.000 ans av J-C.Il s'avère donc plus rentable de copier les idées et les comportements avantageux plutôt que de vivre seul et de les apprendre par soi-même au moyen de la pratique d'essai et de l'erreur.Mais le revers de la médaille est le «désir mimétique» puisque nous sommes aussi des êtres de désir.La culture serait ainsi une réponse adaptative aux besoin des êtres humains de survivre dans des environnements instables.
Il est essentiel de noter que René Girard fait intervenir les concepts de 'désir mimétique' et de 'mécanisme' victimaire pour rendre compte des variabilités comportementales apparues dans le règne animal comme dans l'humanité primitive.Le mécanisme victimaire est selon lui la clé pour comprendre le franchissement du règne animal au règne humain aussi dénommé «le seuil de l'hominisation».
Au moment où la «propension à la rage» est développée vers l'extérieur par un 'animal' qui s'arme de pierre et d'outils «il faut que cette même rage à l'intérieur soit de mieux en mieux maitrisée par ce même 'animal' confronté à des tâches familiales et sociales toujours plus délicates et absorbantes» (R.Girard 1978).
Dans sa position face à l'hominisation René Girard nous explique que le désir mimétique engendre une volonté d'appropriation d'un objet provoquant ainsi une oeuvre de division et de conflit au sein de la tribu.Mais en même temps ce désir d'appropriation se transforme en antagonisme puisque chacun désir le désir de l'autre.Ainsi nait le chaos menant à la destruction de la société primitive que l'antagonisme va résoudre en rassemblant la communauté contre une victime expiatoire.Les formes sociales humaines contrairement aux formes animales ne proviennent pas directement des rivalités mimétiques;elles en proviennent indirectement par l'intermédiaire de la victime émissaire.Nous pouvons concevoir l'hominisation «comme une série de paliers qui permettent de domestiquer des intensités mimétiques toujours croissantes séparées les une des autres par des crises catastrophiques»;on conçoit aussi qu'à chaque palier des institutions plus élaborées aient favorisé une nouvelle avancée mimétique «laquelle entrainait une nouvelle crise et ainsi de suite en un mouvement spiraloïde qui humanisait de plus en plus l'anthropoïde».(R.Girard 1978)

II. La Science et l'univers du pétaoctet


L'évolutionnisme a un autre visage:la description même incomplète du passé nous incite maintenant à regarder vers le futur comme nous le montrent certains géologues qui envisagent le devenir de notre monde.Aujourd'hui nous sommes entrés dans «l'ère du numérique» et cela bouleverse nos perspectives.En effet il convient de s'interroger et de se demander si une «nouvelle science» émerge?Nous sommes désormais dans la phase paroxystique d'exploration culturelle:toutes nos pratiques sont tributaires des machines,des réseaux,des puissances calculatoires,des «nuages» ou des «grilles».Grâce aux progrès enregistrés, des problèmes anciens reçoivent des éclairages neufs. La puissance de calcul autorise désormais des simulations fines, ainsi que le traitement de grandes masses de données (de l'ordre du pétaoctet).Dans les sciences du vivant,par l’emploi d’ordinateurs les scientifiques travaillent à apporter des réponses encore plus précises sur l'évolution (familles de gènes,espèces) ou sur l'organisation du génome;ils envisagent aussi une simulation de tout ou partie du « programme génétique ».À titre d’illustration, certains biologistes parlent d’expériences in silico, qu’ils opposent aux expérimentations classiques in vivo et in vitro, pour évoquer les tests effectués sur ordinateurs, par sondage sur de grandes banques de données.Un travail collaboratif impliquant de très nombreux chercheurs constitue un «flux opérationnel» dont l'objectif est le séquençage biochimique des structures macromoléculaires ou le séquençage génétique . Alors que la recherche repose traditionnellement sur la construction d’une théorie et sa vérification par expérience et analyse de données, la science à l’âge du numérique semble vouloir se passer de la théorie: la puissance calculatoire peut désormais suffire à établir des corrélations entre les données et dégager des régularités statistiques.Certains scientifiques nous font remarquer que presque tous les domaines que nous avons évoquer tout au long de cette enquête utilisent déjà des flux de données extrêmement vastes, dont seuls les ordinateurs peuvent dégager des tendances invisibles à l’échelle de l’oeil humain.L'ère du pétaoctet se caractérise aussi par une observation satellitaire fine de notre planète:

Une carte tentera de rendre compte de ce schéma complexe

Cliquez sur l'image pour l'afficher


Applet Flash pour naviguer dans la carte

Pour compléter

mercredi 8 juin 2011

Enquete sur l'évolutionnisme (suite)


EVOLUTIONNISME ECONOMIQUE 



Le point de vue évolutionniste prend en considération ce qui est en train d'advenir et non ce qui est achevé:l'évolution est toujours dirigée vers le futur et ce qui est cyclique revient invariablement identique à lui même.
A cause de cela on distingue deux types d'évolutions continues:
  1. l'évolution monotone qui traduit des modifications de la caractéristique considérée dans un sens constant;il peut exister cependant des phases d'accélération ou de décélération.
  2. l'évolution périodique qui traduit des modifications de la caractéristique considérée la faisant passer,avec une période constante ou variable,par des mêmes états.
                                                                *
                                                              *  *
I ) L'évolution en économie
Au fil du temps la pensée économique s'est enrichit de nombreux concepts et de multiples courants.Un double clivage dans l'histoire de la pensée économique permet de distinguer quatre approches :
  1. approche réelle
  2. approche monétaire
(résultent de deux façons différentes d'envisager le rôle de la monnaie dans une économie marchande)
  1. micro-économie (allocation des ressources,prix relatif,répartition - approche fondée sur l'équilibre général walrasien)
  2. macro-économie (emploi,monnaie,activité économique - approche fondée sur l'équilibre global keynésien)



Ce n'est qu'aprés un certain temps de latence de la pensée économique,temps nécessaire à la diffusion et à la critique de son formalisme,que le débat sur l'évolutionnisme économique est lancé avec la publication en 1911 des théses de Schumpeter: "Théorie de l'évolution économique".Pour cet économiste,parfois qualifié d'hétérodoxe,ce qui caractérise l'évolution économique c'est le processus d'innovation.On regroupe en général les innovations en deux catégories : les innovations de produit et les innovations de procédé. L'acteur central de ces dernières est l'entrepreneur.Dans la conception de Schumpeter, l'entrepreneur incarne le pari de l'innovation, thèse qu'il développa en particulier dans une ré-édition de la Théorie de l'évolution économique en 1913 .Pour Schumpeter, le profit est la sanction de l'initiative créatrice des risques pris par l'entrepreneur. Cette conception est contraire aux économistes classiques qui faisaient du profit la contrepartie des efforts productifs (capital et travail) de l'entrepreneur."Cette conception est également contraire à celle, marxiste, qui place l'origine du profit dans la confiscation de la plus-value, c'est-à-dire l'appropriation d'une partie du fruit du travail des salariés par le rentier-capitaliste "(wikipédia).L'évolution est ainsi décrite comme une succession de variations continues,des dynamiques technologiques qui impliquent des choix préférentiels;mais les discontinuités introduites par l'innovation peuvent aboutir à des déséquilibres.
En fait,historiquement,depuis la fin du XIX éme siécle les économistes des théories managériales se sont interrogés sur les capacités qu'ont les entreprises à réaliser des calculs d'optimalité dans un environnement en perpétuelle évolution.Progressivement l'évolutionisme est ainsi devenu un paradigme à l'origine,en autre,de l'économie évolutionniste.



L'évolutionnisme en économie
(pour consulter le tableau I suivre le lien ci-dessus)
Quelques remarques concernant le tableau I:
  1. Dans la colonne 'acteurs économiques' le terme individus est suivi d'un (?);celà fait allusion au précédent article qui insistait sur l'ambiguïté de ce terme dans un contexte évolutionniste;l'individu apparaissant comme le terme générique applicable à l'unité de la sélection propre à n'importe quel niveau hiérarchique. Dans un contexte économique les entités sélectionnées peuvent être soient des 'agents économiques' soient des 'consommateurs' soient même des 'organismes' ou des ensembles (dèmes ou populations).Cependant Th.Veblen définit la personne assujéti à des règles comme un agent individuel (il fait donc référence implicitement à l'agent économique).Alors que K.MArx avait,en son temps,définit l'individu comme "produit de la société",comme "propriétaire de marchandise"ou "fraction déterminée de l'unité sociale".De même il fut,semble-t-il,à l'origine d'une tendance qui pressent que les individus s'objectivent en des valeurs:"l'individu est socialement un nombre".[Marx & Engels 1848 ].Plus recemment (1998) R.Lucas envisageait de concevoir (ou de modéliser) un individu comme une collection de règles de décision et " un ensemble de préférences utilisé pour évaluer les résultats qui émergent de combinaisons particulières de situation-action”.
  2. Ce tableau met également en évidence l'inhomogénéité des procesus de sélection ce qui a pour conséquence de balayer un large spectre de réponses.Les processus de séléction en économie évolutionniste sont ainsi tributaires de l'histoire,de la finance,de la logique,des contraintes organisationnelles et/ou de la concurence.
  3. Dans la colonne 'type d'évolution ' le progrès de la société par les règles évoque le débat instructionnisme/sélectionnisme.Par exemple,de façon concrète dans l'économie numérique,les entreprises ont considérablement modifié les processus d'échanges de données avec la mise en oeuvre de la technologie 'Web service'.Le modèle client/serveur s'est trouvé transformé par l'emploi de règles (ressources/services) plus abstraites et autorisant en autre l'interopérabilité.
De même la co-évolution évoque un processus spécifique formant une boucle en perpétuelle rétro-action.



Terminologie:quelques concepts évolutionnistes communs aux biologistes et aux économistes
  • Le flux :Concept apparaissant dès les premières formalisations économiques et assimilant les activités humaines à des flux de revenus et de dépenses.F.Quesnay (1674-1774) envisageait les relations économiques non pas entre des individus mais entre des classes et les rapports entre ces classes qui se font par le biais des dépenses;il a donc analysé la circulation monétaire de la société (1758 'le tableau économique' de Quesnay).La division opérationnelle des flux initiée par Forrester (1961) fut une école de pensée managériale qui a insisté sur l'importance du champ des représentations au sein de l'entreprise et qui joue un rôle important dans la mise en place des systèmes experts d'entreprise.Le flux a été ensuite décliné en une "théorie du circuit" ou en une "théorie monétaire".G.Delaplace (2009) distingue trois aspects communs au concept de flux:
  1. La théorie de la production:la détermination du niveau d'activité globale et des autres grandeurs macro-économiques n'est pas indépendante de la façon dont les paiements sont organisés;"dans une économie moderne,la création de monnaie s'opére dans une relation de crédit entre le système bancaire et les entreprises."(G.Delaplace)
  2. La théorie de la répartition:on suppose ici une hiérarchie spécifique entre les groupes basée sur l'accés à la monnaie."L'accés à la monnaie discrémine les groupes d'agents:les banques la produisent,les firmes l'obtiennent pour financer la production,y compris le paiement des salaires aux ménages".(G Delaplace)
  3. La théorie de la coordination:la monnaie fournit un lien social dans une économie où les décisions individuelles ne sont pas coordonnées et "la circulation monétaire détermine en même temps la taille de chaque agent économique" (G.Delaplace)
  • La croissance :c'est une variation positive (en terme mathématique) de la production sur une période donnée.Certaines conséquences de la croissance provoquent des effets pervers sur l'environnement (pollutions) ainsi que sur la société (accentuation des inégalités sociales).L'évolution économique pouvant ainsi se révéler contraire ou hostile à l'évolution biologique.C'est là un des débat central de l'évolutionnisme contemporain.Pour certains il faut faire la distinction entre croissance et progrès.Pour d'autres la croissance constitue un processus qui s'auto-entretient à travers le progrès technologique.Pour Schumpeter, les innovations apparaissent par « grappes », ce qui explique la cyclicité de la croissance économique.Ainsi,en économie,cycle et croissance sont liés.
  • Les cycles:période de répétition d'un phénomène périodique, les cycles caractérisent la vie biologique,la vie économique et sociale.
  1. Aux cycles de vie correspond des alternances cytologiques ou des alternances morphologiques.La biosphère abritant elle-même une variété de cycles:ceux de l'eau,de l'oxygène,du carbone,de l'azote.
  2. En économie les théoriciens reconnaissent l'existence de fluctuations cycliques.Les cycles économiques ont été définit par Schumpeter (1939) qui distinguait les cycles de long terme (40 à 50 ans) dits de Kondratieff, les cycles de moyen terme (6 à 10 ans) dits de Juglar et enfin les cycles de court terme (quelques mois) dits de Kitchin.
L'approche évolutionniste nous permet de toucher du doigt le degré d'interdépendance des phénomènes cycliques qui se conditionnent mutuellement.De plus l'approfondissement de la connaissance des cycles économiques induit une réflexion en termes d'équilibre ou de deséquilibre sur un ou plusieurs marchés.
  • L'équilibre: peut être 'partiel' chez Marshall ou 'général' chez Walras.
  1. L'équilibre partiel marshallien postule que la relation entre le prix et la quantité d'un bien est établi sur un marché en prenant comme paramètre les prix et les quantités d'équilibre de tous les autre biens.
  2. L'équilibre général walrasien postule que les prix et les quantités d'équilibre de tous les biens sont des inconnues dont les valeurs sont déterminées simultanément.Conséquence:il y a impossibilité d'avoir un déséquilibre sur le marché quand tous les autres sont à l'équilibre.
  • la richesse:Pour les biologistes la richesse est synonyme de bio-diversité.Les économistes se préoccupent de la création de richesses et de leurs répartitions.
  • Les réplicateurs:c'est à un biologiste que l'on doit me semble-t-il la meilleur définition d'un terme qui joue un role important dans un contexte évolutionniste:"un réplicateur fait que l'environnement dans lequel il se trouve en fabrique une copie (david Deutsch)”.Cette définition s'enrichit en économie d'une formulation mathématique:la loi de Fisher.



Structuralisme:Principe selon lequel des idées sont associées à d'autres idées et semblent former des ensembles cohérents exactement à la façon dont les parties morphologiques sont souvent corrélées les unes aux autres.Le tableau 2 résume ce principe en comparant économie et biologie.



Approche structuraliste de l'évolutionnisme
(pour consulter le tableau II suivre le lien ci-dessus)

II ) Les principaux champs de l'économie évolutionniste .

Au delà de quelques concepts communs,la biologie et l'économie partagent-elles d'autres affinités ? A cette question les analystes économico-évolutionnistes ont leur propre point de vue.Il convient de distinguer au moins trois types de réponses qui visent toutes à mieux cerner le comportement des agents face à leur environnement :

  1. L'analyse quantitative des relations entre croissance et innovation

Le tableau I nous a donné toute la richesse de l'approche du phénomène évolutionniste en économie.Les derniers développements vont insister sur les possibilités de formaliser quantitativement les hypothèses.On ne peut sous-estimer l'impact de ces travaux à l'heure de l'émancipation de l'économie de la connaissance.Pour ce courant c'est la firme et son potentiel d'innovation qui est le moteur de l'évolution.Les modèles évolutionnistes sont batis sur un socle commun:l'importance des conditions initiales et le caractère cumulatif de la technologie.On distinguera donc:
  • les travaux mettant l'accent sur la codification des connaissances accélérant les processus d'innovation (Soete & Ter Well 1999).
  • les travaux mettant l'accent sur la notion de réplicateurs de Fisher (1930) et ré-utilisés par l'économiste J.S Metcalfe (1992).Ce réplicateur (ou loi de Fisher) établit que,dans une population de firme,la croissance des aptitudes moyennes de ces dernières est proportionnelle à sa variance et donc,par définition,que le développement de ces aptitudes ne peut être que positif ou nul.

  1. Phénomènes d'apprentissage et de changement au sein des entreprises:les routines organisationnelles .

C'est un domaine que nous avons déjà évoqué ci-dessus à propos de la 'division opérationnelle des flux' qui insiste sur les différentes phases de l'entreprise:
  • la phase physique des objets concrets (marchandises,outils,biens d'équipement,espèces monétaires).
  • La phase abstraite:ensemble des symboles et signes représentant les objets concrets.Elle se partage les décisions implicites des émetteurs et des effecteurs.
  • La phase psychologique où sont prises les décisions.

N.Lazaric et coll approfondissent la réflexion sur les routines:« Les routines évoluent selon diverses pressions internes ou externes et créent des points focaux sur lesquels les membres de l'organisation se mettentd'accordpour organiser leur travail ou leur activité. »(Lazaric 2010).Il convient donc de distinguer:
  • l'émergence d'une mémoire procédurale au sein de la firme à travers la motivation des acteurs (Lazaric & Denis 2005)
  • la consolidation et mise en place à travers le rôle structurant d'un système expert (Lazaric,Mangolte & Massue 2002)
  • un modèle de simulation d'une production de connaissances dans le cas de la trêve ou du conflit (Lazaric & Raybaut 2005).La pression hiérarchique sur les groupes étudiés est modélisée par une équation.

Notons,enfin,qu'au sein du courant de la sociologie des organisations,le rôle de la compétition est couplé avec la dynamique des populations (modélisée en écologie par les équation de Lotka-Volterra connues pour formaliser la croissance en fonction d'une quantité limité de ressources).


  1. La modélisation des interactions

C'est un domaine riche en questionnement car il permet de comparer les méthodes de modélisation des interactions chez les biologistes et les économistes.Mais les problèmes soulevés nous immergent dans le monde de la compléxité.Parmis les chefs de file de ce courant il faut citer:
  • Maynard Smith Pour comprendre son point de vue il faut se souvenir de la tendance au « durcissement «  de la théorie synthétique de l'évolution à l'époque où cet ingénieur en aéronautique conceptualisait les interactions entre organismes ainsi que les comportements sociaux.Maynard Smith insiste sur les processus d'adaptation dans la mesure où l'évolution naturelle ne « connait pas l'optimisation des caractéristiques vitales des espèces ».Le modèle de Maynard Smith rejoint le courant des jeux évolutionnaires et la stratégie évolutivement stable.
  • R.Axelrod.Par certains aspects de son travail il se rapproche de 'l'économie de don',par d'autres il se situe dans la continuation de la sociobiologie.Axelrod est connu pour ses travaux multiples sur l'altruisme et les stratégies 'donnant-donnant'.Aprés avoir testé le programme de Rapaport (coopération-réciprocité-pardon) il usa des algorithmes génétiques pour simuler la coopération et la défection (1997).Dans ces conditions les résultats montrent que si une population entiére coopère,en utilisant la stratégie du « donnant-donnant » aucun mutant ne pourra perturber l'équilibre,même s'il fait toujours défection.Par contre un mutant isolé appliquant la stratégie du « donnant-donnant »,ne pourra à lui seul remettre en cause l'équilibre initial d'une population faisant toujours défection.


                                                                *
                                                              *  *


Ainsi les analystes qui ont cherché à présenter les analogies ou les métaphores biologiques utilisées par les économistes ont tous relevé certaines ambiguïtés concernant les comportements adaptatifs des agents.En particulier il est conseillé de distinguer dans les comportements:
  • ceux qui sélectionnent
  • ceux qui adaptent dans le but d'améliorer
  • ceux qui optimise depuis le début.
La nouvelle version de la théorie de l'évolution, « la théorie hiérarchique de l'évolution »,crée par S.J. Gould (1999) & coll se distingue des précédentes par les perspectives hiérarchiques entre niveaux opérationnels et pourrait être prise en considération pour mieux appréhender l'interopérabilité des structures économiques,pour les modélisations des interactions au sein des entreprises ou pour les études prospectives dans le domaine socio-économique.Mais dans le contexte actuel de l'architecture orientée service, du 'cloud computing',l'évolutionnisme permet de nous placer dans une attitude transdisciplinaire où le problème n'est pas tant de chercher des analogies mais bien de trouver des outils scientifiques efficaces pour aborder le système technique contemporain.

                                                                                                                                        [à suivre ….]
Pour compléter l'étude :


mercredi 6 avril 2011

Enquête sur l'évolutionnisme

L'objectif de cet article est de présenter un rapide panorama de l'évolutionnisme essentiellement à partir d'auteurs américains .

I) QUELQUES REPERES DANS LA COMPLEXITE EVOLUTIVE

Conscilience de l'induction

Nous utiliserons ici le concept de convergence dans le sens de conscilience de l'induction,démarche intellectuelle visant à déduire une loi par généralisation d'observations.Dans le cas qui nous intéresse il s'agit de considérations relatives à des théories biologiques.Nous procéderons en quatre temps pour décrire un ensemble cohérent de raisonnements visant à rendre compte de l'évolution.

  1. Premier temps
L'évolutionnisme est traversé par de multiples courants,voir de nombreuses contradictions, qui rendent aussi compte des apports venus de divers horizons;nous nous limiterons à ceux ayant un lien avec les sciences de la nature.Ce parti pris se justifiera si l'on pense que ce champs de connaissances s'est constitué selon la méthode empirique où les faits dialoguent avec les théories et où les chercheurs peuvent expérimenter.Nous présentons d'abord quelques une des alternatives qui ont fait,ou font encore,l'objet d'une exploration systématique.

l'expansion ou l'ouverture du champ des 'possibles':
-------------------------------------------------------------------------------
Fonctionnalisme | Structuralisme morphologique
Gradualisme      | Uniformitarisme
Saltationnisme   | Adaptationnisme
-------------------------------------------------------------------------------

                       - alternatives au sein de l'évolutionnisme - (tableau 1)

Pour le spécialiste qu'était S.J.Gould,la vision darwinienne de l'évolution était fonctionnaliste et gradualiste.            

                 2.Deuxième temps
Les dichotomies ainsi repérées dans le champs de l'évolutionnisme,il convient de les replacer dans leur champ cognitif respectif

Fonctionnalisme v/s Structuralisme morphologique sont issus d'observations morphologiques relevant de la biologie (zoologie et botanique) et l'uniformitarisme v/s gradualisme appartiennent au champ de la paléontologie (branche de la géologie).,
Adaptationnisme v/s Saltationnisme sont issus de considérations stratigraphiques (branche de la géologie) et écologiques
Instructionnisme v/s sélectionnisme sont issus de considérations cytologiques,histologiques,immunologiques et génétiques.


Ces diverses alternatives devront construire un ensemble cohérent (une théorie) capable d'expliquer la biodiversité bien qu'elles synthétisent des connaissances qui semblent éparpillées:on sera donc en droit d'évoquer la consilience de l'induction ou la convergence des diverses approches.Darwin est le premier qui a donné le nom de sélection naturelle aux conséquences de l'évolution.


                  3. Troisième temps:partir d'une théorie 'princeps' ici représentée par la sélection naturelle dans 'De l'origine des espèces' de Charles Darwin

Ch.Darwin a travaillé sur une méthode de déduction en histoire naturelle qui utilise quatre principes (classés en fonction de la quantité décroissante d'informations):

  • Principe d'uniformité:permet d'extrapoler à partir de l'observation des rythmes et des modes de changement chez les organismes modernes.
  • Principe de reconstitution d'un ordre de succession:permet de reconnaitre et de ranger dans un ordre de succession diverses configurations que l'on croyait jusqu'alors indépendantes les unes des autres.
  • Principe de consilience ou concordance de différentes données
  • Principe de discordance ou dissonance d'une données

Par analogie avec le schéma darwinien,la convergence,discutée ici,s'applique à des raisonnements plutôt qu'à des 'données'.

         4.Quatrième temps

La convergence disciplinaire,qui a été rendue possible par le travail sur ces concepts ainsi que leur mise à l'épreuve tant du point de vue de l'observation que de l'expérimentation,s'est déroulée dans le temps.

Il y a donc à faire état d'une évolution de la théorie de l'évolution qui peut se schématiser de la façon suivante:

Théorie de Ch. Darwin ------>Théorie Synthétique------>Théorie élargie de la sélection hiérarchique                        
(1859)                                             (1959)                                          (1985/1999)

Ce que nous apprend ce quatrième temps c'est qu'il faut intégrer l'histoire des idées et étudier les trois phases de l'élaboration de l'évolutionnisme pour comprendre le processus à l'oeuvre au sein de la nature.Donc l'interprétation correcte d'observations multiples ne suffit pas à rendre compte de l'hypothèse évolutionniste;il faut intégrer la durée d'une quête de lois générales abstraites puis une période de consilience pour acquérir un minimum de certitude au sein d'une communauté de spécialistes.
Cette démarche est-elle corrélée à une absence d'autorité ?
Il convient tout d'abord de remarquer que ce n'est pas un manque de compétences qui serait responsable d'une sorte d'anarchie mais plutôt d'une multiplicité d'approches concrêtes qui génèrent une très grande quantités d'observations qu'il s'agit d'interpréter correctement.Présenté d'une autre manière il n'y a aucune raison de préférer l'approche paléontologique à celle des embryologistes,des écologistes ou des généticiens.Même les nombreux résultats statistiques ne compensent pas le manque de modèles algébriques,géométriques (en dépit du travail de D'Arcy Thompson) ou topologiques qui caractérisent ce mouvement.Les modèles génétiques ont servi dans le domaine de l'algorithmique ce qui a paradoxalement nuit à l'évolutionnisme car ils ont été en grande partie responsable du « durcissement de la synthèse ».De même les modèles de Fisher ont enrichi les statistiques.

Il faut souligner,par comparaison avec les sciences dures,qu'il n'y a pas véritablement une 'autorité' incontestable – à l'image des équations de la théorie quantique par exemple - qui pilote l'évolutionnisme,même si des savants remarquables par la finesse de leur raisonnement et l'ampleur de leurs travaux ne laissent aucun doute quant à la qualité des résultats.J'en veux pour preuve les propos de S.J.Gould quand il évoque,à la fin du premier livre de son étude sur « La structure de la théorie de l'évolution », le « durcissement » de la théorie synthétique à l'égard du pluralisme:
 Les biologistes de l'évolution forment une communauté petite et bien hiérarchisée (un petit nombre de personnes est en tête et les autres suivent,comme c'est le cas dans beaucoup d'activités humaines)pour qu'il ne soit pas nécessaire d'invoquer quelque tendance scientifique ou sociale profonde et générale afin d'expliquer le changement d'opinion qui s'est opéré dans une grande partie de la communauté des évolutionnistes des différents pays.La révision d'une position théorique opérée par un petit nombre de personne d'importance cruciale,se tenant en contact les uns avec les autres et s'influençant mutuellement de façon étroite,a pu susciter un mouvement général dans toute la discipline. »

En contre-point à cette déclaration je soutiens que la consilience de l'induction dans l'évolutionnisme prouverait l'existence d'une forme d'auto-organisation de la science biologique.C'est à dire qu'il y aurait bien une tendance scientifique qui serait susceptible de provoquer un infléchissement de toute la discipline en dépit d'un consensus momentané suggéré par les leaders.


               II ) LES NOTIONS LIEES A LA CAUSALITE HIERARCHIQUE


L'un des aspects qui frappe le plus l'enquéteur est que les différents acteurs de l'évolutionnisme ont énormément écrit et que les ré-éditions successives de leurs oeuvres ont connu de substantielles modifications (allant jusqu'à soutenir des thèses oppposées à celles jusqu'alors exposées).Ces modifications attestent du dynamisme du projet au cours des 150 annnées qui nous séparent de la publication de la thèse darwinienne :"De l'origine des espèces",mais aussi d'errements typiques des grand 'travaux' collectifs où régne le pluralisme.

                           a)Définitions
Le sujet nous impose les définitions de l'espèce,de l'individu et de l'organisme.

                                 1. Définition de l'espèce:

Si nous renoncions à envisager l'espèce comme une catégorie abstraite pouvant héberger des objet alors une espèce serait une chose particulière,une entité évolutionniste,définie aussi bien par une génése historique que par une cohésion actuelle particulière.
                               2. Définitions de l'organisme et de l'individu
La plupart des auteurs emploient le terme "d'organisme" pour désigner un corps organisé donné,cible de la sélection darwinienne classique et se servent de l'appellation " d'individu" en tant que terme générique applicable à l'unité de la sélection propre à n'importe quel niveau hiérarchique.

                                 3. Définition de l'organisme en tant qu'unité de sélection

Il garantit son individualité au moyen d'interactions homéostatiques entre ses élèments et au moyen d'interactions fonctionnelles.L'organisme est une totalité qui se construit elle-même.

                                   4. Définition de l'individualité de l'espèce

Les mécanismes d'isolement reproductif garantissent les frontières entre les individus évolutionnistes de concert avec la reproduction sexuelle des organismes (c'est à dire entre les élèments composants l'espèce)

                             b) Dichotomies
Dans un premier mouvement les différents courants répertoriés au tableau 1 ont contribué à élargir le champ des possibles on peut dans un second mouvement,plus actuel,considérer que les dichotomies qui subsistent resserent la réflexion sur quelques aspects fondamentaux.

Contractions ou focalisation sur certains thèmes spécialisés :
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Réplicateurs                      |  Interacteurs                                  
Sélection génique              |  Sélection hiérarchique                                                                             
Instructionnisme                |  Sélectionnisme                                            
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                     - alternatives au sein de l'évolutionnisme contemporain - (tableau 2)



                               c) Fondements empiriques et logiques de la théorie de la sélection hiérarchique

Il doit apparaître maintenant assez clairement qu'il y a eu une confusion dans l'élaboration du critère de causalité et que l'introduction de la notion d'inter-acteurs renvoie à la question des niveaux d'action de la cause.Or ces niveaux d'action présentent la caractéristique d'être « emboités » les uns dans les autres:c'est l'un des acquis incontestable du fonctionnalisme évoqué dans le tableau 1 et en particulier des systématiciens.

                --> La sélection hiérarchique

Propriétés fondamentales de la hiérarchie sont au nombre de deux:

  • Les processus opérant à un niveau donné peuvent amplifier ou contrecarrer les processus sélectifs opérant à n'importe quels niveaux adjacent,mais ils peuvent aussi leur être simplement orthogonaux.
  • Chaque niveau de la hiérarchie diffère de tous les autres de façon importante et intéressante à la fois dans le type et la fréquence relative des modes de changement et des mécanismes causals.
- »Le trait crucial commun aux deux propriétés est »l'interdépendance dans la différence » car les niveaux hiérarchiques sont capables d'interagir,tout en présentant des modalités de fonctionnement assez distincts. » (S.J Gould)

La théorie de la sélection clonale a ainsi ouvert la voie aux travaux sur l'évolution cellulaire et à de nombreuses interrogations:pourquoi l'intérêt évolutionnaire du tout (l'organisme) semble le plus souvent l'emporter sur l'intérêt évolutionnaire de niveau inférieur par exemple celui des lignées de cellules? (voir les travaux en immunologie). Les organismes représentent une catégorie très particulière d'individus évolutionnistes,dotés de caractéristiques uniques qui ne se retrouvent pas chez les autres individus figurant aux autres niveaux.D'un point de vue évolutionnaire le rôle du système immunitaire devient décisif:il est le mécanisme principal par lequel les organismes pluricellulaires maintiennent leur unité,leur individualité,contre l'émergence de réplication de niveau inférieur qui pourraient dissoudre cette unité en détruisant l'organisme (Gould & Lloyd 1999)


             --> Quelques caractéristiques majeures de l'évolution hiérarchique

  • L'individu gène :l'aléatoire est un processus fondamental du changement évolutif au niveau génique,si faible que soit sont rôle au niveau organismique.La sélection génique réalise,ici, très bien la répétition des protéines,matériaux brut,contruisant cette « complexité adaptative organisée » qui constitue le niveau supérieur.
  •  L'individu cellule :Cet individu nous fournit la preuve que la hiérarchie actuelle est apparue de « façon contingente et historique et pas du tout par nécessité atemporelle des lois de la matière. »(S.J Gould).La difficulté est liée au fait qu'actuellement la sélection au niveau des lignées cellulaires ne joue plus qu'un rôle mineur.La sélection positive a consisté à mettre en oeuvre des processus supprimant efficacement la propagation différentielle de façon à maintenir l'intégrité fonctionnelle.Malheureusement lorsque ces processus de suppression ne fonctionnent plus et qu'une lignée cellulaire parvient à s'évader de cette contrainte il en résulte de grandes souffrance pour l'organisme.Il faut faire une place ici à la thèse de Leo Buss (1987) selon lequel l'individu multicellulaire est apparu dans l'évolution par le biais de « l'interaction opérant au niveau de l'organisme et la sélection opérant au niveau des lignées cellulaires »
  •   L'individu organisme: C'est le niveau envisagé par Darwin et ses successeurs comme étant la cible de la sélection naturelle.Pour de nombreux naturalistes c'est à ce niveau que s'organise la cohésion maximale fondée sur l'intégration fonctionnelle.
  • L'individu dème : Individu modèlisé par le généticien et statisticien américain Sewall Wright,expert en génétique des populations,à l'origine de la théorie de l'équilibre changeant.Les dèmes sont,de l'avis de la plupart des spécialistes de l'évolution,l'individu le plus difficile à reconnaître comme entité individuelle.
  • L'individu espèce: présente deux caractéristiques:elle sous-tend des tendances au sein des clades au fil des temps géologiques elle sert d'unité de base pour apprécier quantitativement le flux et le reflux de la biodiversité au cours du temps.
       L'individu espèce,malgré ses détracteurs,pose tout un ensemble de problèmes féconds et fait qu'une réflexion approfondie vers ce type de phénomènes semble très prometteuse en biologie théorique mais aussi en terme d'un approfondissement de nos connaissances pratiques sur la biosphère.
  • L'individu clade:il est possible qu'une sélection différentielle opère à des niveaux supérieures à l'espèce mais en rendre compte est difficile actuellement .



Il convient donc de constater que la théorie de sélection hiérarchique impose de découpler la micro-évolution agissant sur les organismes,de la macro-évolution agissant au niveau de l'espèce voir de l'individu à un niveau supérieur (clade ou biosphère).


                               d)L'enseignement de l'évolutionnisme

Il me semble que cet immense édifice est riche d'enseignements à plusieurs titres:

  • Sur le plan général c'est un mouvement qui montre que le pluralisme pourrait guider les décideurs ayant la volonté de bâtir une oeuvre commune en les incitant à travailler dans une perspective de consilience ,approche qui diffère assez fondamentalement de celle dite du 'consensus'.
  • Sur un plan plus technique « l'interdépendance dans la différence » serait la leçon que la nature nous prodiguerait pour oeuvrer dans un état d'esprit tolérant et pluraliste.
  • Les modèles informatiques – modèle génomique – ont pu contribuer au gauchissement de la démarche scientifique en provoquant un rejet du pluralisme et en offrant à l'instructionnisme une visibilité quelque peu immérité.
  • Le problème que l'évolutionnisme peut contribuer à résoudre est celui d'un manque d'autorité arbitraire pour trancher dans un excédent de preuves de qualités évidentes.
  • L'évolutionnisme contribue aux réflexions sur l'auto-organisation et apporte un éclairage sur notre société numérique qui diffère sensiblement de celui proposé par l'approche tributaire de la 'Singularité'.


                                      Pour compléter la réflexion: